Villages du Beaujolais : Sainte-Paule

Perché sur les premiers contreforts du Massif Central, le petit village de Sainte-Paule, niché à 500 mètres d’altitude, offre une immersion authentique au cœur du Beaujolais Vert. Situé dans le département du Rhône, en région Auvergne-Rhône-Alpes, cette commune rurale de 330 habitants (recensement de 2022) séduit par son patrimoine historique, son environnement naturel préservé et son mode de vie tourné vers la terre, la vigne et les forêts.

À seulement 40 kilomètres au nord-ouest de Lyon, Sainte-Paule semble pourtant bien loin du tumulte urbain. Son accès, escarpé depuis la vallée de la Saône située 350 mètres plus bas, renforce son caractère isolé et typique. La commune appartient au Pays des Pierres Dorées, une zone célèbre pour ses villages construits en pierres calcaires ocre-jaune, qui donnent à l’architecture une teinte dorée chaleureuse sous le soleil.

Une commune tournée vers la nature

Sainte-Paule s’étend sur 7,5 km² et présente un relief accidenté, composé de petits vallons et de collines boisées. Le point culminant de la commune est le Crêt de Roche Guillon, à 772 mètres d’altitude. Deux ruisseaux, le Vervuis et le Robeslet, serpentent à travers les vallées avant de rejoindre l’Azergues. Malgré une altitude modeste, le territoire est classé en zone de moyenne montagne, en raison de son isolement géographique et de ses paysages agricoles en pente.

L’environnement naturel est marqué par une présence forestière importante : on y trouve des plantations de sapins dans les forêts de Chatoux, Rivière et Fline, ainsi que quelques boisements naturels comme le merisier, encore exploités à petite échelle. La tempête de 1999 a cependant fortement impacté ces forêts, notamment sur les hauteurs du Crêt de Roche Guillon.

La commune présente une organisation de l’espace typique des villages à habitat dispersé : les habitations sont disséminées dans le paysage, souvent proches des parcelles agricoles. Ce modèle d’occupation du sol traduit un attachement fort à la terre et au patrimoine rural.

La vigne comme pilier économique et culturel

Aujourd’hui, environ un quart de la surface communale est occupé par la vigne. L’activité viticole joue un rôle central dans la vie de Sainte-Paule : elle assure des revenus à une part équivalente de la population, soit un habitant sur quatre. Les raisins produits sont soit vinifiés localement par les viticulteurs eux-mêmes, soit confiés aux caves coopératives des communes voisines comme Saint-Laurent-d’Oingt, Létra, Theizé ou encore Le Bois-d’Oingt.

À côté de la vigne, quelques activités d’élevage perdurent, principalement sur les zones plus pentues et moins adaptées à la culture. Les champs encore cultivés sont utilisés pour produire de la luzerne, du trèfle (pour l’alimentation des lapins), du blé (dont la paille sert aux chevaux et aux vaches), ainsi que des roseaux et du seigle, utiles notamment pour l’attache de la vigne.

Cette coexistence entre viticulture, élevage et sylviculture crée un équilibre agricole propre à cette région, encore très marqué par le respect des cycles naturels et le travail manuel.

Un passé riche et parfois tourmenté

L’histoire de Sainte-Paule remonte au Moyen Âge. La commune tire son nom de sainte Paule, une dame romaine ayant fondé plusieurs monastères à Bethléem et morte en 404. L’église du village, dédiée à cette sainte, date des XIe et XIIe siècles, avec des ajouts du XVe et une restauration en 1979. Elle faisait autrefois partie du domaine de l’abbaye de Savigny, puis du prieuré de Saint-Laurent d’Oingt. On y admire une piéta en marbre du XVe siècle ainsi qu’un bénitier en pierre classé au titre des Monuments historiques.

Au fil des siècles, le village a connu son lot d’événements marquants. En 1562, durant les guerres de Religion, Sainte-Paule subit les ravages du baron des Adrets. Une terrible épidémie de peste frappe ensuite la région. En 1763, les habitants se révoltent contre les corvées et les charges féodales. Durant la Révolution française, le nom de la commune, jugé trop religieux, est temporairement remplacé par « Roche-Guillon », en référence au sommet dominant le village.

Ce n’est qu’en 1808 que Sainte-Paule devient une paroisse indépendante, après avoir été longtemps rattachée à celle de Saint-Laurent-d’Oingt. La seconde moitié du XIXe siècle marque l’âge d’or de la commune. La population atteint alors 445 habitants, boostée par le développement de la vigne, de l’élevage, et surtout des mines de lignite. La Société des Mines de Sainte-Paule, cotée à la Bourse de Lyon, connaît alors un essor prometteur, au point que certains comparent son potentiel à celui de Saint-Étienne.

Mais après 1920, la population diminue, comme dans de nombreuses communes rurales. Les jeunes quittent la campagne pour la ville, et les exploitations se réduisent peu à peu. Malgré ce déclin démographique, l’identité du village reste forte.

Patrimoine et traditions

Sainte-Paule compte plusieurs éléments patrimoniaux notables. Outre son église, le village abrite sept croix disséminées sur son territoire, témoins de la vie religieuse passée. L’une d’elles, datée de 1596 et décorée de nombreuses figures, se trouve sur la place Léa-Moret. Une autre, la croix de Mori, aurait été érigée en mémoire de l’épidémie de peste du XVIe siècle.

Le monument aux morts, inauguré en 1921, symbolise le traumatisme laissé par la Première Guerre mondiale. Jusqu’en 1940, il était surmonté d’un coq terrassant un aigle allemand, statue retirée pendant l’Occupation et jamais retrouvée depuis.

Enfin, un autre élément remarquable est la Madone du Favrot, érigée après la Seconde Guerre mondiale. Comme dans toute la région lyonnaise, elle est célébrée chaque 8 décembre, en hommage à la fin de la peste noire et en signe de reconnaissance spirituelle.

Un territoire à découvrir lentement

Sainte-Paule offre un cadre idéal pour les amateurs de calme, de paysages naturels et de patrimoine rural. Bien qu’elle soit proche du Lac des Sapins — grand site touristique du Beaujolais —, la commune ne bénéficie pas directement d’un afflux de visiteurs. Cela en fait un lieu parfait pour la déconnexion, loin des circuits classiques.

Les hébergements insolites comme les cabanes perchées dans les sapins, proches du Lac des Sapins, permettent de prolonger l’expérience en pleine nature. On y savoure le silence des forêts, la qualité de l’air, et les produits du terroir proposés par les producteurs locaux.


📌 Résumé – Sainte-Paule en bref :

  • Département : Rhône (69)
  • Région : Auvergne-Rhône-Alpes
  • Population : 330 habitants (2022)
  • Superficie : 7,5 km²
  • Altitude moyenne : 500 m (max. 773 m)
  • Type : Commune rurale à habitat dispersé
  • Relief : Vallonné, classé moyenne montagne
  • Activités principales : Viticulture (25 % de la surface), élevage, sylviculture
  • Patrimoine notable : Église romane (XIIe), croix du XVIe s., Madone du Favrot
  • Histoire : Mines de lignite au XIXe s., épidémie de peste, Révolution
  • Communes voisines : Létra, Rivolet, Ternand, Ville-sur-Jarnioux
  • Appartenance intercommunale : CC Beaujolais Pierres Dorées